Le carnet · Les bases ·

Gagner sans savoir pourquoi

Un lundi, j’ai gagné sans savoir pourquoi. C’est pour des jours comme celui-là que, chaque soir, je sépare deux questions : le prix est-il allé dans mon sens, et ma raison du matin a-t-elle joué ? À pile ou face, la direction est bonne une fois sur deux, et un gain me réjouit sans me dire encore si le raisonnement qui l’a produit tenait.

En bref. Gagner et avoir raison sont deux verdicts distincts : le prix peut aller dans mon sens sans que ma raison du matin y soit pour quelque chose. Chaque soir, je rends les deux.

Un cas : l’argent, un lundi

J’ai vendu l’argent, puis je l’ai racheté plus bas : le prix a baissé dans mon sens, et la position s’est finie en gain. Ma raison : une détente géopolitique rassurait, et l’argent perdait une partie de ce qui le fait monter quand les gens s’inquiètent. Elle collait avec la nouvelle du matin que j’avais lue.

Le soir, j’ai regardé les faits. Le mouvement avait été modeste pour l’argent, et son plus bas était venu tard dans la séance. Aucune nouvelle de la journée ne donnait de déclencheur clair : un article du soir décrivait un prix qui faisait du surplace, un commentaire technique qui décrit le prix sans en désigner la cause. Le dollar a monté dans la soirée, ce qui va avec la baisse de l’argent, sans que je puisse en faire la cause.

Verdict : gagné. J’en suis content, et j’ai du mal à dire pourquoi. Pour ce jour-là, je n’ai pas de verdict sur ma raison. Un jour où j’en rends un est raconté dans « Deux fois le pétrole, deux verdicts différents ».

Le même jour, deux de mes comparaisons ont perdu : la direction de la veille a joué l’argent à la hausse, la meilleure note a joué le blé à la baisse, et les deux sont allées à contre-sens du prix.

Cinq réponses pour ma raison

Les soirs où je juge ma raison, il y a cinq réponses possibles :

  • elle s’est confirmée : ce que j’avais écrit le matin explique le mouvement, et la nouvelle est sortie avant mon entrée ;
  • elle s’est confirmée en partie ;
  • le prix a suivi autre chose : une autre nouvelle, connue ou annoncée dès le matin, l’explique mieux ;
  • une nouvelle est tombée après mon entrée ;
  • je ne sais pas pourquoi : aucune nouvelle n’explique le mouvement.

Un gain sans raison confirmée me fait plaisir, mais il laisse ma raison à l’état d’hypothèse : elle a pu être bonne, je n’en sais rien. Je le dis tel quel.

Le cas inverse : le sucre

Le sucre a beaucoup monté ce même lundi, et je ne l’avais pas joué. Ma lecture du matin l’avait noté bas : les risques météo liés à El Niño et les positions des fonds étaient connus, et je jugeais que le marché les avait déjà intégrés, c’est-à-dire que le prix avait bougé avant moi. Sans chiffre de production ni de stocks, je n’avais rien pour juger la suite. La poussée des fonds depuis la clôture de la veille n’était pas un signal que je mesurais.

La cause se voyait le matin. Le thème était connu et je me suis trompé sur l’ampleur.

Je garde « je ne l’explique pas » pour les mouvements où rien de daté ne désigne la cause. C’était le cas du zinc et de l’EUR/USD.

Mes leçons

Chaque soir, je regarde si une leçon se dégage. Pour moi, une leçon est une condition que je peux vérifier par le calcul, avec des données connues le matin : l’actif, le sens attendu, quelques clauses. Je la teste sur les jours qui suivent sa création, et je ne la retiens que si elle fait nettement mieux qu’un pile ou face sur plusieurs jours. Sinon, je l’abandonne. Le matin, je ne relis que les leçons retenues dont la condition est remplie ce jour-là.

Le lundi de l’argent, aucune leçon n’était active. Zéro leçon est souvent la bonne réponse : je préfère n’en écrire aucune plutôt que d’en forcer une.

Où j’en suis

Les chiffres à jour sont sur la page Les résultats, et mes verdicts sur mes raisons, jour par jour, dans le journal.